Fadi Elhusseini

Par Fadi Elhusseini et la traduction‏ par Assia al-Akhras

 

Le processus de paix entre les Palestiniens et les Israéliens est en arrêt total et chaque partie accuse l’autre de l’échec de tout progrès. Les officiels israéliens répètent continuellement qu’il n’y a aucun partenaire de paix palestinien et accusent Abbas et son Autorité palestinienne d’exercer une épreuve de force diplomatique dans une tentative d’isoler Israël internationalement et de prendre des pas unilatéraux pour accéder à un État. Cependant, il est étrange d’imaginer que les Palestiniens puissent réussir dans une telle approche (si elle était vraie) sans une compréhension internationale minimale du récit palestinien. Pour bien cerner cet état des choses, il est nécessaire de faire une évaluation des positions et des déclarations des deux parties. Depuis qu’il est entré en fonction comme Président de l’Autorité palestinienne en 2005, Mahmoud Abbas a renoncé à la violence et a annoncé à plusieurs reprises sa vision : une résolution pacifique du conflit qui mènerait finalement à un État palestinien indépendant. Sa vision se soumet parfaitement à la solution à deux États largement acceptée et soutenue, basée sur les résolutions pertinentes internationales et de L’ONU. Le chemin que Abbas a choisi de prendre n’a pas été facile étant donné qu’il est intervenu à la suite de la seconde Intifada avec ses nombreuses pertes humaines et les dégâts infligés à l’infrastructure palestinienne, à la société et aux vies. Malgré le fait que les conditions palestiniennes internes n’étaient pas prêtes pour une telle approche, Abbas l’exposa clairement et a agacé beaucoup de ses compagnons et de ses rivaux politiques. “Nous ne voulons pas employer la force,” a insisté le président de l’Autorité palestinienne. “Nous ne voulons pas utiliser des armes. Nous voulons utiliser la diplomatie. Nous voulons utiliser la politique. Nous voulons utiliser les négociations. Nous voulons utiliser la résistance pacifique. C’est tout.” 1 En outre, Abbas a osé critiquer les rockets artisanales lancées depuis la bande de Gaza. Sa critique n’était ni pour plaire à Israël, ni pour satisfaire les Américains, mais émanait plutôt de sa conscience et de sa conviction profonde en une résolution pacifique du conflit. Dans le cadre de son engagement pour la paix et malgré la critique, Abbas a désarmé les factions palestiniennes en Cisjordanie et a unifié les forces de sécurité palestiniennes (principalement de maintien de l’ordre et pas une armée régulière) sous son commandement direct. Depuis, pas une seule violation n’a été enregistrée engageant ses forces. En effet, lorsque beaucoup de colons juifs commettaient des attaques sur des citoyens palestiniens et leurs propriétés, les forces palestiniennes remettaient ceux qu’ils attrapaient aux autorités israéliennes indemne; ceci a mené à la critique d’Abbas et de ses forces par ses rivaux politiques. Arafat, Abbas et le leadership palestinien ont tous à un moment ou à un autre annoncé leur acceptation de la solution à deux États et la reconnaissance de l’État Israël. La dernière annonce d’Abbas est venue le 24 novembre s’adressant à la communauté internationale et l’appelant à contraindre Israël à respecter ses obligations légales quant aux résolutions internationales, disant qu’il est prêt à accepter un État palestinien sur seulement 22 pour cent de la Palestine historique. Ceci étant dit, la moitié de la population palestinienne qui vit dans la Palestine historique, vivent en réalité dans ce qui est maintenant Israël et qui occupe 78 pour cent du territoire; l’autre moitié serait dans l’État de Palestine sur 22 pour cent du territoire. Les pourparlers de paix entre les Palestiniens et les Israéliens se poursuivent depuis 1991, période durant laquelle les colonies israéliennes ont quadruplé dans les territoires palestiniens occupés. Ceci étant, les Palestiniens ont demandé un cadre temporel aux négociations, qui ne peuvent pas durer éternellement tandis qu’Israël s’empresse de changer les faits sur le terrain. C’est à cause du refus d’Israël de respecter les délais et d’arrêter ses activités coloniales que les Palestiniens, fatigués, ont cherché la justice dans les forums et agences internationaux, principalement l’ONU. Bien qu’Israël est censé avoir accepté la solution à deux États et a signé les Accords d’Oslo en 1993, aucun des gouvernements israéliens ultérieurs n’a, jusqu’à présent, reconnu l’État de Palestine. Israël a reconnu l’Organisation de Libération de la Palestine (l’OLP) comme le représentant unique des Palestiniens, mais refuse toujours de reconnaître l’Etat. En fait, beaucoup d’officiels israéliens ont ouvertement exprimé leur rejet d’un État palestinien. La plupart des partis participant dans la campagne électorale législative israélienne ont fait de même. Le Premier Ministre en exercice Benjamin Netanyahu n’a jamais manqué d’occasion pour exprimer ce qu’il croit être le droit inhérent d’Israël sur toute la terre Biblique d’Israël, sapant n’importe quelles perspectives d’établissement d’un État palestinien, au moins dans les esprits de son audience cible, parmi les colons. Les activistes et les politiciens peuvent exprimer leurs avis ouvertement, mais une fois qu’ils font partie d’un gouvernement qui est impliqué dans des pourparlers de paix, il est juste de dire que de tels avis refléteront les politiques gouvernementales. Il y a juste quelques jours, le ministre de l’économie de Netanyahu, Naftali Bennett, a été questionné par CNN s’il “refuserait toujours l’Etat palestinien”. Sa réponse était très claire : “c’est correct; la notion d’injecter un État, divisant Jérusalem, partageant, divisant et coupant le pays n’est pas durable.” 2 L’Ambassadeur d’Israel à L’ONU, Ron Prosor, a passé le 25 novembre à attaquer les Parlements européens qui ont voté la reconnaissance de la Palestine. Il a rejeté l’idée même de remettre leur indépendance aux Palestiniens. “Imaginez quel type de société [palestinienne] l’Etat produirait,” a-t-il dit. “Le Moyen-Orient a-t-il vraiment besoin d’une autre terreur-ocracy ? Quelques membres de la communauté internationale aident et incitent à sa création.” 3 Il y a beaucoup d’exemples semblables, dont le plus dur est peut-être celui du Ministre des Affaires Étrangères Avigdor Lieberman. Il a exposé l’essence réelle du processus de paix quand il a dit qu’il était basé sur la supposition fausse que le conflit est territorial et non pas idéologique et que l’établissement d’un État palestinien basé sur les frontières de 1967 mettra fin à cela 4. Pour ajouter l’insulte à la blessure, Lieberman n’a pas honte d’exprimer ses intentions “de transférer” les citoyens israélo-arabes, les Chrétiens et les Musulmans, du pays pour en faire un État purement juif 5. Alors que Abbas a tenu ferme face à la forte critique intérieure, le leadership israélien a échoué à donner une lueur d’espoir à la paix. Le gouvernement israélien continue à donner le feu vert aux plans de création de nouvelles colonies et à étendre celles déjà existantes malgré la critique américaine et internationale. Quand Israël a interrompu ses activités coloniales pendant neuf mois, il a ajouté une condition préalable à n’importe quel règlement de paix : la reconnaissance d’Israël comme un État juif. Bizarrement, l’inclusion de cette condition comme pré-requis à la paix a été soulevée pour la première fois en 2010 à Washington, mais il déconcerte beaucoup d’observateurs. En fait beaucoup d’entre eux constatent que Netanyahu insistait sur une telle reconnaissance sachant pertinemment qu’aucun leader palestinien ne l’acceptera, menant ainsi les négociations à l’échec 6. Dans l’ensemble, le gouvernement de Netanyahu a perdu toute crédibilité. La communauté internationale a commencé à se rendre compte de ceci et la reconnaissance “morale” qui n’a que trop tardé de l’État “occupé” de la Palestine par les Parlements européens représente un changement et se démarque de la position de l’administration américaine. Avec l’approche “de non-intervention” de cette dernière, Netanyahu a sans doute pu lui donner un coup de bâton, en limitant son rôle dans le processus de paix aux appels et à des idées et des propositions; l’administration américaine a échoué à faire pression sur Israël afin de geler ses activités coloniales internationalement critiquées et illégales et maintient son préjugé “pro-Israëlien”. Il n’est ni illogique ni bizarre de voir n’importe quel pays qui accepte la solution à deux États reconnaissant aussi l’État naissant de Palestine parce que cette équation suggère clairement que deux États doivent exister même si l’un est sous occupation. Sur cette base seule, la reconnaissance par les EU ou Israël fournirait la preuve solide d’un engagement sincère au processus de paix. Bref, il est clair qu’il n’y a aucun partenaire de paix en Israël. Les actions du gouvernement israélien actuel servent seulement à répandre le doute sur le processus en entier. En fait, une volonté politique sérieuse manque en Israël et son gouvernement a échoué au test de base qui consiste à déterminer un quelconque engagement envers la paix et la fin de l’occupation du territoire Palestinien. Un corollaire à l’attitude du gouvernement Netanyahu pose en principe qu’il serait dur d’étancher le flux d’interaction et de reconnaissance internationale; Ceci peut se développer et mener à ce que les gouvernements qui reconnaissent l’État de Palestine boycottent aussi Israël, comme ils ont boycotté le régime d’Apartheid en Afrique du Sud.

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