Fadi Elhusseini

L’Activisme Diplomatique du Hamas: Stratégies Modifiées et nouvelles alliances
Par Fadi Elhusseini Traduction‏ par Assia al-Akhras

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Beaucoup d’observateurs ont vu dans la réunion de Tony Blair avec le responsable du bureau politique du Hamas, Khaled Meshal une percée qui peut sortir le Hamas du goulot et mener à une trêve à long terme entre le Hamas et Israël. Pourtant, avec les réunions suivantes que Meshal a tenu, il apparaît que le coeur de la question surpasse l’évaluation initiale surtout que cette réunion vient au milieu de développements empêtrés et mènera peut-être à des transformations intérieures, régionales et mondiales diverses.

Après des années d’éloignement, le responsable du Bureau Politique du Hamas Khaled Meshal a rencontré le Roi saoudien Salman Abdulaziz Al Saud. Après cette réunion, Meshal a rencontré le ministre des Affaires Étrangères russe Lavarov, le président turc Erdogan et récemment l’ancien représentant du Quartet international Tony Blair. Selon le Gardien, cette réunion était le quatrième indice d’une éventuelle trêve à long terme entre le Hamas et Israël.

Les soupçons ont coïncidé avec les déclarations contradictoires des dirigeants du Hamas; certains ont confirmé tandis que d’autres ont réfuté cette éventualité. Les fuites ont suggéré que le conseil consultatif du Hamas est quasi-unanime sur un tel accord, avec la réserve de seulement deux leaders du mouvement.

Ces développements correspondaient avec beaucoup de déclarations faites par les dirigeants turcs qui ont exprimé le besoin pressant de régler le conflit entre Israël et le Hamas. Ils ont aussi déclaré leur rejet de n’importe quelles activités hostiles du Hamas visant Israël à partir du sol turc et ceci dans le cadre des pourparlers israélo-turcs visant à la re-normalisation des relations après qu’elles aient été gâtées par des rapports politiques tendus à la suite de l’incident Marmara.

L’Autorité palestinienne a repoussé radicalement tout accord unilatéral entre le Hamas et Israël, une position adoptée par beaucoup de Pays arabes, à leur tête l’Égypte. Cette position s’explique par le fait que tout accord unilatéral entre le Hamas et Israël peut mener à la séparation de facto de la Bande de Gaza du reste du territoire occupé de la Palestine en 1967 et peut être considéré comme l’annonce officielle de la mort de tout effort de réconciliation nationale palestinienne.

Les dégâts ne sont pas limités aux affaires internes palestiniennes, mais cet accord peut affaiblir la diplomatie officielle palestinienne qui pourrait récemment réaliser des accomplissements remarquables. Pour être plus précis, le but est d’interrompre n’importe quel activisme diplomatique palestinien, en effet, cela devient une stratégie israélienne fondamentale de délégitimiser le rôle du leadership palestinien. Ceci étant dit, depuis que les Palestiniens ont subi la division en 2007, entre le Hamas et le Fatah, Israël a utilisé ceci pour propager son propre récit à savoir que l’Autorité palestinienne dirigée par Abbas ne représente pas tous les Palestiniens. Un accord unilatéral entre le Hamas et Israël verserait explicitement en faveur de cette stratégie d’Israël.

En essayant d’analyser les motifs derrière la décision d’Israël de faire une trêve avec une organisation qu’il considère comme terroriste, il apparaît que la question surpasse le conflit israélo-palestinien lui-même et la prolongation de la division intérieure palestinienne. Dans l’histoire moderne, Israël a toujours essayé de sécuriser un front quand il attend ou planifie une action sur d’autres fronts. Autrement dit, en attendant ou planifiant une guerre contre le front Sud (la Bande de Gaza), il cherche à sécuriser le front du nord (le Hezbollah). De même quand il s’attend à une action du front Nord, il fait des plans pour sécuriser le front Sud avec le Hamas.

Cependant, il est devenu évident que le Hezbollah ne constitue pas la seule menace pour Israël au nord, mais aussi la Syrie avec toutes ses composantes compliquées. Cet argument devient plus réaliste quand il est relié aux nouvelles disant que des grandes puissances cherchent des dispositions pour une sortie sûre d’Assad de la Syrie sans la préparation réelle d’une alternative. Ceci mènerait certainement à des conditions plus chaotiques dans le front Nord israélien avec la réaction inattendue du Hezbollah après la perte de son protecteur en chef et fournisseur dans le Levant.

Que les soupçons d’un éventuel accord de trêve entre le Hamas et Israël soit précis ou pas, ce qui est défini est que les réunions Blair-Meshal s’expliquent par le contexte plus large qui inclut des nouvelles dispositions régionales pour la Syrie à l’ère post–Assad. En tant que tel, les réunions suivantes qui ont rassemblé Meshal avec le ministre des Affaires Étrangères russe et avec le président turc rentrent dans le même cadre notant que des puissances régionales et mondiales ont reconnu le rôle important des acteurs non gouvernementaux dans la région comme un des résultats principaux du prétendu printemps arabe.

Ainsi, la Russie n’acceptera jamais de laisser tomber le choix Assad sans garantir un nouveau tuteur pour ses intérêts à cet endroit. De la même façon, la Turquie partage avec la Syrie une longue frontière et des intérêts empêtrés incluant la question Kurde et la crainte d’une entité Kurde en Syrie du nord. En fait, aucune puissance régionale n’a le luxe de choisir ses nouveaux alliés. Les EU suivent étroitement ces développements et ont pu trier un nouvel arrangement avec tous les partis du Moyen-Orient incluant l’Iran (après l’accord nucléaire) et la Russie. D’un côté, quelques rapports américains ont mentionné le fait que le retrait des missiles Patriote de la Turquie a été fait en coordination avec la Russie et les EU. De l’autre côté, cette décision satisfait les Kurdes et fait apparaître les EU comme neutre et non entièrement alignés sur la position turque envers le PKK. Ainsi, les EU n’ont pas agacé les Turcs et en retour il ont ouvert la porte large a la coopération militaire, particulièrement dans le combat contre l’ISIS.

Ces calculs étaient sur la table quand le roi saoudien a reçu Mesahal, cependant cette réunion a ajouté un nouvel élément: la guerre au Yémen. La situation actuelle au Yémen a souligné la nécessité de nouveaux joueurs, surtout que le conflit au Yémen a pris une tournure sectaire. De là, la réunion entre le roi saoudien et le Hamas a constitué un tremplin pour un plus grand rôle du mouvement dans la région et aussi pour l’ordre du monde arabe en entier. Et bien, après une période d’hésitation de quatre ans, les régimes arabes ont commencé à absorber les ramifications du prétendu printemps arabe, construisant de nouvelles stratégies et formant de nouvelles alliances, essentiellement avec le nouveau joueur naissant: les acteurs non gouvernementaux.

Dans la même veine, Sarkis Naoum constate que l’accord nucléaire était une autre raison derrière la réunion entre le roi saoudien et le Hamas. Selon Naoum, cet accord a poussé les Saoudiens à aller de l’avant afin de conserver les cartes qu’il a eu l’habitude de posséder et rassembler les forces qui partagent la même idéologie, religion ou Nationalisme que lui.

L’auteur a mentionné une recherche publiée par un Centre américain ou le but principal pour l’Arabie Saoudite est de construire une alliance Sunnite et une coalition arabe pour faire face à une menace iranienne prévue; mettre un terme à l’influence grandissante des Houthis au Yémen et améliorer sa relation avec le Soudan (en améliorant la relation avec le Hamas) et ainsi l’éloigner de l’Iran.

Dans la coquille de noix, il est évident que l’acteur régional a commencé à réorganiser ses cartes et ratifier ses alliances et stratégies pour faire face aux changements rapides survenus suite à l’accord nucléaire iranien, la chute probable d’Assad et le rôle naissant d’acteurs non gouvernementaux, principalement les mouvements de nature religieuse.

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