Fadi Elhusseini

Oman : une Oasis pacifique dans une région en feu

Mai 2016 | Par Fadi Elhusseini Traduction‏ par Assia al-Akhras

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Dans une région instable et ou les conflits abondent, un pays ressort indemne de ce chaos. Il est dit qu’Oman non seulement ressort intact des soubresauts du printemps arabe, mais s’est aussi protégé de l’état de polarisation tendu qui a détourné la région entière. La position d’Oman vis à vis des questions régionales diverses était apparemment pacifique et différente du reste des monarchies du Golfe. Cependant, derrière cette position pacifique et unique se trouve un rôle actif caché que beaucoup ignorent.

Dans le cadre de la vague révolutionnaire populaire, une série de manifestations ont éclaté à Oman et les masses appelaient à un meilleur niveau de vie (incluant des augmentations de salaire, des prix plus bas, la création de plus d’emplois et une réduction de la corruption) et à une représentation plus démocratique. Néanmoins, ces protestations étaient pacifiques et ont montré du respect au Sultan. En retour, le Sultan Qaboos a accepté de répondre aux demandes et a entrepris un certain nombre d’actions pour contenir l’agitation.

Sa réponse initiale a consisté à remanier le cabinet exécutif et il a promis de donner plus de pouvoirs au conseil législatif. Parmi la variété de dispositions qui étaient censées absorber la frustration de la jeunesse,le Diwan (Tribunal) Royal a décidé de créer une autorité indépendante pour la protection des consommateurs tandis qu’en parallèle le Sultan a promis de créer 50,000 emplois publics et de fournir une allocation mensuelle de 390 $ aux chômeurs. Bref, le Sultan a réussi à survivre aux soubresauts du prétendu printemps arabe, bien qu’un autre défi ait semblé être plus critique : la polarisation.

Avec la poursuite des transformations massives dans la région, l’état de polarisation (essentiellement sectaire) entre deux camps s’est extraordinairement accentué; d’une part, l’Iran et ses alliés régionaux chi’ites (par exemple le régime syrien et le Hezbollah) et d’autre part l’Arabie Saoudite et d’autres nations Sunnites (par exemple. La Turquie). Les États du Golfe voient l’Iran comme une menace idéologique tandis que l’Iran accuse l’autre côté d’approvisionner un conflit sectaire et de détourner la boussole loin du danger réel: Israël.

Une crise géopolitique a commencé à s’intensifier menaçant de faire boule de neige dans un conflit sectaire étendu. Suite à L’exécution de l’Arabie Saoudite du Scheik chi’ite Nimr Al-Nimr au début de 2016, des attaques ont visé l’ambassade saoudienne et son consulat en Iran. En réponse, l’Arabie Saoudite et ses alliés ont baissé le niveau de représentation diplomatique avec l’Iran. Le 9 mars a été témoin du dernier exercice dans une série de tests quand l’Iran a lancé deux missiles balistiques dans un spectacle clair de démonstration de force. Quelques heures plus tard, l’Arabie Saoudite a lancé un exercice militaire massif de troupes incluant 20 Pays arabes et musulmans (l’Arabie Saoudite, la Jordanie, Bahreïn, le Sénégal, Oman, le Qatar, les Émirats arabes unis, le Soudan, le Koweït, les Maldives, le Maroc, le Pakistan, le Tchad, la Tunisie, les Comores, Djibouti, la Malaisie, l’Égypte, la Mauritanie et l’Ile Maurice).

Au milieu de tels développements critiques, Oman apparaît comme une oasis pacifique qui se tient à distance des tentations. Quand les autres États du Golfe se sont opposés à l’accord ÉTATS-UNIS-IRAN, Oman ne l’a pas seulement soutenu mais il a aussi accueilli les pourparlers secrets entre les deux gouvernements. La position neutre d’Oman a donné au pays un avantage unique celui d’être un médiateur dans les questions internationales. Il a joué un rôle primordial dans la libération de trois excursionnistes américains arrêtés par l’Iran et soupçonnés d’espionnage en 2011. Cette position a fait que le Sultan Qaboos a réussit à gagner la confiance tant des Américains que des Iraniens et lui permet de pouvoir les asseoir à la table des négociations derrière les rideaux fermés.

En juillet 2012, Oman a accueilli la première réunion entre les Américains et les Iraniens et neuf mois plus tard, le Ministre adjoint d’État William Burns a rencontré secrètement son homologue iranien Majid Ravanchi à Mascate. Les réunions clandestines ont continué et les représentants omanais ont aussi porté des messages importants contenant les termes des négociations entre les États-Unis et l’Iran. Il faut alors concéder que la conclusion de l’accord nucléaire a révélé un rôle omanais imprévu.

Un certain nombre d’autres incidents ont fortifié l’impression qu’Oman exécute une politique indépendante et a une position unique comparée au reste des pays du Golfe. Cette politique n’est pas nouvelle et la tenue de pourparlers secrets entre les deux rivaux pendant la guerre irakienne-iranienne à Mascate est juste un exemple. Au Yémen, quand les Huthis ont pris le contrôle de la Capitale, Oman était le seul pays du Golfe dont l’ambassade à Sana fonctionnait toujours .

Oman n’a pas participé à la campagne militaire “tempête décisive” menée par les Saoudiens contre les Huthis et les loyalistes de Saleh, avec lesquels ils ont maintenu des canaux ouverts. Il a aussi joué un rôle central dans la remise du corps d’un pilote marocain dont le jet est tombé dans les territoires contrôlés par les Huthis. Pas étonnant alors, si Mascate était la destination logique pour n’importe quelles négociations potentielles entre les partis en conflit.

Non limité à la débâcle Yéménite, Oman a utilisé sa neutralité pour développer des relations dignes de confiance avec tous les partis dans la crise syrienne, permettant au sultanat de servir de médiateur acceptable jouant un rôle qu’aucun autre pays Arabe ou du Golfe ne pourrait jouer. Quand presque tous les pays Arabes et du Golfe ont boycotté et attaqué Assad, Oman a maintenu ses relations avec le régime syrien. En août 2015, le ministre des Affaires Étrangères Syrien a rencontré son homologue à Mascate et en octobre de la même année, le ministre des Affaires Étrangères omanais Yusuf Alawi rencontrait Assad à Damas.

La même année, le sultanat a exercé sa médiation en Algérie pour aider à contenir une crise sectaire inattendue entre les Ibadi Amazigh et quelques Arabes associés à l’École Maliki. La position distincte d’Oman émane d’un sentiment d’intérêt national profond.

Bien qu’Oman fasse partie du GCC, il partage la propriété du Détroit stratégique d’Ormuz avec le “puissant” Iran. Qui plus est, avec la crise actuelle des prix du pétrole, maintenir des relations avec une source de gaz naturel énorme devient un choix stratégique particulièrement qu’Oman est le pays le moins riche en pétrole parmi les autres États du GCC. Ainsi, la relation stratégique entre les deux pays s’est remarquablement développée et exécutent actuellement un projet de pipeline de gaz naturel sous-marin et des exercices militaires communs ont été récemment conduits en janvier.

En général, Oman discute l’hégémonie absolue de l’Arabie Saoudite dans le GCC mais il apparaît pourtant que la perte d’Oman n’est pas une option saoudienne. La tolérance des Saoudiens envers Oman provient d’un certain nombre de faits. Tout d’abord, la politique étrangère d’Oman n’est pas entièrement pro-Iran, mais consiste plutôt à s’asseoir sur la clôture et éviter de prendre parti. Deuxièmement, l’Arabie Saoudite ne peut pas abandonner Oman qui est un composant naturel de la structure du Golfe arabe avec des intérêts enchevêtrés et des rapports, régionalement et globalement étendus. Troisièmement, les Saoudiens redoutent certainement la perspective de voir Oman s’allier avec l’Iran s’ils les perdaient.

Il vaut aussi la peine de noter que la doctrine religieuse officielle d’Oman est l’ Ihbadisme (presque 70 % de la population) qui est une des doctrines les plus tolérantes dans la foi. Avec l’unicité Ihbadi dans cette région, Oman a tendance à privilégier la mise en équilibre de tous les partis dans son environnement et à éviter la suprématie d’une secte sur l’autre. Oman voit aussi l’escalade de la lutte sectaire entre les Chi’ites et les Sunnites comme une catastrophe pour le monde Islamique en entier.

Néanmoins, la position pacifique d’Oman n’a pas toujours été bien perçue par ses camarades du Golfe. Beaucoup d’Yéménites accusent Mascate de soutenir les Huthis et d’agir comme le faire-valoir de l’Iran. L’Arabie Saoudite a longtemps été agacée aussi par les liens d’Oman et son rôle qui a sapé ses efforts d’isoler l’Iran. D’autre part, l’avenir de cet oasis pacifique traîne les pieds. Le sultan Qaboos, qui a pris le pouvoir en 1970, n’a aucun enfant ou frères et doit nommer un successeur. Avec ceci en mémoire, la disparition de l’homme fort d’Oman peut mener à un vide de pouvoir imaginable.

 

publié par UPA et JOL Press

Disponible en anglais, en Italian et en Arabe

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